/// PLUS QU'UN TABLEAU, UN HYMNE À LA LIBERTÉ ///
Œuvre vendue au Musée d’Histoire Contemporaine des Invalides (Paris) en 2003.
Extrait du Catalogue d'exposition d'art contemporain en Irak,
du 8 octobre 2003 au 21 novembre 2003
... "Nous sommes à la mi-mai à l’Ecole des Beaux Arts de Bagdad. Depuis un mois maintenant, depuis le 9 avril 2003 précisément, Bagdad est aux mains des soldats américains, le régime apparaît vaincu, le dictateur et ses séides sont en fuite. Bombardée pendant plusieurs semaines, la ville est blessée. Plusieurs de ses larges avenues du centre sont trouées. Des carcasses de véhicules calcinés jonchent plusieurs des grands ponts jetés sur le Tigre. Des moignons d’immeubles encore fumant exposent leurs squelettes d’acier noirci aux grands carrefours. Dans les heures et les jours qui ont suivi l’entrée des troupes américaines en ville, des bandes de pillards plus ou moins organisés ont incendié les derniers bâtiments publics épargnés par les missiles.
Partagée entre l’indicible joie de se voir enfin débarrassée du clan qui la réprime depuis si longtemps et la tristesse de se réveiller occupée par une armée étrangère, Bagdad est encore loin de songer à panser ses plaies. Pour l’instant, elle inventorie ses blessures, observe les chars d’assaut du nouvel empire quadriller ses rues, coloniser ses parcs, occuper ses " palais de la république " encore debout. Il commence à faire très chaud. L’électricité est coupée, le téléphone aussi, l’eau manque, les immondices et les détritus de la guerre s’accumulent sur les trottoirs. Bagdad est une ville ouverte qui n’offre à son vainqueur qu’un visage fermé, maussade. Les habitants ne sortent que pour s’approvisionner, chercher un boulanger, une échoppe, un marché où trouver de quoi manger. Le reste du temps, la ville demeure calfeutrée derrière ses immeubles décatis, recroquevillée dans ses impasses, réfugiée dans ses palmeraies. Bagdad est sonnée. Elle ne manifeste rien. Ni plaisir, ni révolte, ni même un vague soulagement. Juste une immense lassitude.
Ce jour-là, Shahib, Oussama et quelques autres étudiants des Beaux Arts décident d’aller voir sur place ce qui reste de leur cher collège. Spectacle de désolation. Un obus tombé tout près a emporté une partie d’un atelier, des vitres sont brisées, les sols jonchés de tableaux endommagés, de lambeaux de peintures délaissés par des pillards sans culture. En revanche, il n’y a plus une table, plus une chaise, plus une lampe. Tout a été emporté. Shahib, Oussama et les autres se sont armés de balais, de seaux, de détergents. On nettoie, on rafistole, on brique. Et l’on parle. Beaucoup et longtemps. " Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? " lance quelqu’un. " Il faudrait pouvoir raconter tout ça avec de la couleur et des pinceaux " dit Oudaï. " Super idée ! " reprend Sahib. " Nous allons exprimer en peinture tout ce que nous ressentons face à ce désastre. Nos joies et nos tristesses, nos espoirs et nos souvenirs. D’accord ? " Ils se rallient tous à cette idée. Mais comment faire ? " Nous devons transformer nos idées, nos mots et nos formes en abstractions " propose Oussama. " Et les fondre dans une grande toile. " Oudaï n’est pas encore convaincu. " Mais comment pourra-t-on tous participer à cette œuvre ? Comment lui conférer une unité ? " C’est Saheb qui aura le dernier mot : " si notre objectif est un, il n’y aura pas de difficulté, le résultat de nos travaux sera un. "
Ainsi s’ébauche le " Tableau de la liberté ". Puisque tout ou presque a été pillé à l’Ecole, on ramasse une grande toile d’étude, partiellement endommagée mais encore utilisable. Et l’on se met au travail. Au début, ils ne sont que trois ou quatre. Ils ont placé la toile sur un grand chevalet qui trône au milieu du studio de Hussein, leur maître. Chaque jour, tandis que se poursuit le grand nettoyage des classes et des ateliers, l’un ou l’autre des douze jeunes artistes désormais enrôlés dans cette grande œuvre, vient passer une heure ou une minute dans le bureau du maître. Ajoutant ici une tache de couleur, là, quelques lignes noires verticales " pour exprimer que nous ne sommes pas encore totalement libres puisque l’Irak est occupé. ". Certains travaillent de jour, d’autres la nuit. Ils se rencontrent parfois, pas toujours.
Ils travaillent chacun leur tour, à leur heure. Celui-ci compose un masque blanc aux lèvres rouges qui symbolise à ses yeux, " l’avenir de la femme irakienne. " Celle-là dessine au faîte de la toile un gros œil de cyclope " pour surveiller ce que les autres vont faire " dira-t-elle en riant avant d’ajouter : " je plaisante, c’est notre esprit en alerte que j’ai voulu peindre. " Peu importe, la création est libre et la liberté est créative. A 30 ans, Odeh se souvient d’avoir participé à la création des décors d’une pièce signée Saddam Hussein. " Pour faire Zabibah et le Roi, nous n’avions aucune liberté. Les formes et les couleurs étaient imposées, nous ne pouvions nous en écarter. Nous avions tous un peu peur" reconnaît-il. Mais il fallait bien vivre et les commandes publiques véritablement intéressantes d’un point de vue artistique étaient rares…
Un mois plus tard, le 10 juin 2003, le premier hymne à la liberté des peintres étudiants de l’Ecole des Beaux Arts de Bagdad, était terminé. Sept femmes et cinq hommes, des chiites et des sunnites, un chrétien et un kurde ont jeté leurs sentiments sur la toile. Voici les noms de ces artistes, chroniqueurs du présent, historiens du passé, sentinelles du futur ."...
DERNIERE SEMAINE D'EXPOSITION
Exposition collective des artistes associés à la Galerie m jusqu'au dimanche 23 décembre 2007.
/// EXPOSITION : "LA VIE D'ARTISTE" DE CLAUDE VARIERAS ///
LA GALERIE M EST HEUREUSE DE VOUS ACCUEILLIR A L'EXPOSITION DE L'ARTISTE CLAUDE VARIERAS DU 9 AU 20 NOVEMBRE 2007


