FLORENCE AUBIN
Catalogue de l'exposition octobre 2006
HAREM & SMALA : RENCONTRE
Catalogue de l'exposition du 23 novembre 2004 au 29 novembre 2004
Galerie M, 328 rue Saint Jacques 75005 Paris
Mort au harem ! Vive la smala !
L’infamie recule. Trop inégalement.
Trop lentement sans doute.
Mais inéluctablement.
Pour que vive la smala, pour que vive la famille au sens moderne du mot, le harem et son concept machiste, obscurantiste, esclavagiste parfois, doivent mourir. Pour que vive la femme. Pour que vivent la liberté, l’équité et le progrès de tous.
C’est l’histoire d’une interminable et muette souffrance. C’est aussi l’histoire d’un long combat, plein de bruits et de fureurs. D’avancées et de reculades. Ici, en septembre 2004, c’est une épouse battue comme plâtre qui supplie un juge hilare d’obliger son mari à ne la frapper “ qu’une fois par semaine et non plus tous les jours que Dieu fait. ” Là, dans cette même et triste époque, ce sont des hommes élus qui s’insurgent contre “ l’indécence ” qu’il y aurait à diffuser sans censure l’image de sportives en short aux jeux olympiques.
Ici, c’est une hyperpuissance théoriquement en mission “ démocratique ” mondiale qui ferme les yeux sur les pratiques féodales réservées aux femmes chez un féal. Là, c’est un gouvernement aux ambitions européennes qui veut pénaliser l’adultère. Passons. Les nouvelles du front ne sont pas uniformément mauvaises.
Au Maghreb, c’est tortueux, insuffisant, parfois violent.
Mais c’est indéniable : grâce au courage de millions d’entre elles, célèbres ou obscures, isolées ou regroupées, la cause des femmes, la cause de l’humanité, avance.
Le 13 août dernier, comme chaque année depuis près d’un demi-siècle, la Tunisie, pionnière en la matière dans le monde musulman, a célébré la Journée nationale de la femme. Pour l’occasion, une nouvelle disposition faisant du harcèlement sexuel un délit désormais passible d’un an de prison et d’une amende de trois mille dinars (environ deux mille euros), a été adoptée.
Nouvelle victoire des associations de femmes qui vient en quelque sorte couronner - même s’il reste du chemin à parcourir, notamment dans les mentalités -, un dispositif législatif plus équitable que partout ailleurs dans la région.
Est-ce un hasard ? Selon un rapport de la Banque mondiale, publié en juillet 2004, la Tunisienne vit plus longtemps que toutes ses sœurs arabes : 72 ans en moyenne contre 68 ans dans les autres Etats du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord.
A méditer. Car comme le disait l’an passé le jeune roi Mohammed VI du Maroc : “ Comment espérer assurer le progrès et la prospérité d’une société quand ses femmes, qui en constituent la moitié, voient leurs droits bafoués et pâtissent d’injustice, de violence et de marginalisation au mépris du droit à la dignité et à l’équité que leur confère notre sainte religion ? ”
Sous la houlette de son souverain, après vingt années de lutte féministe, le royaume chérifien s’est attelé à la tâche. La Moudawana, le code du statut personnel est réformé. En Algérie, où les femmes sont également mobilisées depuis plus de deux décennies, le mouvement est bien amorcé. Malgré les résistances, les prêches incendiaires, les fatwas, les menaces d’excommunication, malgré les meurtres et les viols de la guerre civile, malgré le risque politique, le président Abdelaziz Bouteflika, six mois après sa réélection, a commencé à tenir la promesse faite aux femmes.
Inspiré de la charia, la loi islamique, le code de la famille particulièrement rétrograde qui avait été promulgué en 1984 et qui autorisait la polygamie, la répudiation et maintenait la femme dans la condition d’une éternelle mineure passant de la tutelle du père à celle du mari, est en passe d’être réformé de fond en comble. Les féministes auraient préféré une abrogation pure et simple du code.
Pour l’instant, elles devront se contenter d’une série d’amendementsqui vont certainement dans la bonne direction.
Au programme de la législature en cours figurent en effet quatre propositions gouvernementales d’amendement à la loi de 1984 . D’abord, la femme algérienne devrait être dorénavant dispensée du “ tutorat matrimonial ” qui l’obligeait à obtenir le consentement d’un wali, un tuteur mâle et majeur - frère, père, oncle ou autre - avant de pouvoir convoler avec celui qu’elle avait choisi ou accepté.
La polygamie, qui n’est pas une pratique très courante en Algérie, sera nettement plus encadrée juridiquement et soumise à l’appréciation d’un magistrat qui devra, avant de valider une seconde ou troisième union, vérifier que la première épouse aussi bien que la ou les autres promises auront donné leur accord préalable. Le juge devra également vérifier que le polygame potentiel est en mesure d’accorder un traitement strictement égal à chacune de ses épousées. Les associations féminines auraient préféréque le phénomène soit purement et simplement aboli, mais le premier président de la Cour Suprême a expliqué que les dispositions “ relevant directement de la charia,
sont et resteront intouchables. ”
Un jour peut-être, les militantes qui préconisent une stricte séparation entre la tradition religieuse et le droit civil auront gain de cause.
On n’en est pas là. Le débat est vaste. Il sera long et compliqué.
Même Habib Bourguiba, feu l’ancien président de la Tunisie qui fut le premier et le plus décidé à imposer la modernité et l’équité entre hommes et femmes dans son pays, n’a pas osé toucher à la loi coranique sur les successions.
A Tunis comme à Alger ou Rabat, le précepte qui accorde automatiquement au mâle un héritage deux fois plus conséquent qu’à la fille reste en vigueur. Cependant, s’il y a la loi, il y a aussi l’évolution propre des sociétés. Parfois, comme dans la Tunisie de l’époque justement, celle-ci avance plus vite que celle-là. D’autres fois, comme au Maroc et en Algérie, c’est presque l’inverse. Malgré les textes discriminatoires votés en 1984, lesquels étaient d’ailleurs en contradiction formelle avec la constitution qui consacre l’égalité entre citoyens, quel que soit leur sexe, les femmes algériennes se sont discrètement employées à affermir leur incontournable présence dans la société civile.
Dans le secteur informel plus d’un million d’entre elles ont pratiqué une activité soutenue en 2003 contre à peine 160.000 douze ans plus tôt. Progression lente mais continue. Jusque en 1991, le mari pouvait en toute légalité voter en lieu et place de sa femme. C’est terminé.
Certaines études avancent que près d’une femme sur trois subirait des violences domestiques de la part du frère, du père ou du mari.
Mais un magistrat sur trois est désormais une femme – contre 18 % au Maroc-, 52% des étudiants du supérieur sont des filles et plus de 65% des candidats au baccalauréat 2003-2004 appartenaient au genre féminin. Ministre, présidente du Conseil d’Etat, préfète, avocate, commissaire de police, chef de gare, journaliste, écrivain, artiste etc.
La percée de la femme algérienne dans une société ô combien patriarcale, est réelle et puissante. Inférieure au juridique et légalement dominée par l’homme, la Marocaine a suivi, plus rapidement encore que sa sœur de l’est maghrébin, un tinéraire identique. Selon certaines études, près de 22% des épousées du royaume l’ont été sans leur consentement et 7,9% ont été expédiées dans la couche d’un homme carrément par la force. En milieu rural, neuf femmes sur dix sont analphabètes.
Pourtant, ici aussi, la moitié des étudiants du supérieur sont des femmes et les enseignantes sont désormais plus nombreuses que les enseignants. Elles représentent 55% des sujets du roi mais seulement 30% de la population active.
Elles sont néanmoins présentes dans tous les secteurs d’activité, y compris les plus hautes sphères
de l’administration.
Depuis septembre 2002, elles sont aussi dans la vie politique, avec 35 députées et trois ministres.
Les choses avancent.
Adopté par le Parlement en janvier 2004, le nouveau code de la famille marocaine indique désormais que, comme en Tunisie, la famille est placée “ sous la responsabilité conjointe des deux époux ” et non plus du seul mari. “ L’obéissance de l’épouse à l’époux ” qui était inscrite dans le code de 1957, disparaît au profit d’une égalité de droits et devoirs. L’âge auquel une fille pourra convoler si elle le veut, passe de 15 à 18 ans, au même niveau que pour les garçons (19 ans en Algérie).
Avant le mariage, les femmes auront légalement le droit d’exiger par contrat préalable un renoncement formel du promis à toute idée de polygamie. Droit exclusif du mari, la répudiation n’est pas abolie mais elle est sérieusement limitée, le roi ayant annoncé qu’il fallait en “ restreindre le droit ” au profit du divorce judiciaire classique. Dans cette hypothèse, que l’épouse pourra désormais choisir elle-même sans avoir à démontrer la violence ou l’inconstance du mari, celui-ci devra verser une pension à son “ ex ” et à ses enfants.
Le principe de la séparation des biens est introduit. Les couples pourront se mettre d’accords dans un document séparé du contrat de mariage sur la gestion des biens acquis dans la vie commune. En cas de divorce, c’est un juge qui évaluera ce qui revient à l’un et à l’autre.
La loi de la famille sort du champ de la domination masculine pure pour devenir une affaire de société. Même direction en Algérie.
Quand les projets du gouvernements seront votés et promulgués, le nombre effarant d’épouses chassées du domicile conjugal dans l’heure qui suit beaucoup de divorces, devrait nettement diminuer. La cotutelle qui va remplacer la tutelle exclusivement masculine sur les enfants d’un couple obligera le père, en cas de séparation ou divorce, à assurer un toit à son ex-conjointe et ses enfants. A défaut, c’est lui qui devra quitter le domicile conjugal. Pour les pensions à verser, l’Etat algérien, sur le modèle tunisien encore une fois, va mettre en place un “ fonds de garantie ” - baptisé “ fonds d’entraide familiale ” au Maroc - qui assurera le versement nécessaire à la survie des mères divorcées.
L’homme récalcitrant ou trop oublieux se retrouverait alors débiteur, non pas à l’endroit d’une ex-épouse vite remplacée, mais vis à vis du Trésor public. Il lui sera moins facile d’échapper à ses obligations. Bien sûr, tous ces beaux projets, toutes ces belles idées, tous ces tabous levés sur le papier vont devoir être vérifiés, concrétisés, affirmés et affermis dans la réalité de ces sociétés encore largement traditionnelles.
La formulation trop vague de certains textes, la très large latitude qui est laissée à l’appréciation de juges majoritairement masculins et presque par nature conservateurs, peut limiter la portée des réformes annoncées. “ Sortir une loi , c’est facile ” constatait très récemment la présidente féministe d’un tribunal de Casablanca. “ Changer les mentalités demande beaucoup plus d’efforts ” ajoutait-elle. Elle a raison.
Au Maghreb comme ailleurs, la bataille des femmes pour leurs droits les plus légitimes ne fait bien souvent que commencer.
La Galerie m et ses invitées souhaitent leur réussite.
NIGÉRIA: 48 HEURES AVEC LES ENFANTS DE LA TORTUE
Catalogue de l'exposition du 14 mai 2004 au 4 juin 2004
Espace Alberica, 230 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris
Exposition organisé par le Groupe TOTAL Exploration & Production
AERA REVUE)S(
Revue trimestrielle N°5 - septembre 2003
BAGDAD RENAISSANCE
Catalogue d'exposition d'art contemporain en Irak, du 8 octobre 2003 au 21 novembre 2003
Galerie M 328 rue Saint Jacques 75005 Paris
Catalogue en vente à la Galerie M
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